Le Green IT, une opportunité de gains économiques pour les entreprises

L’association Ethicum, association française dédiée à l’Ethique d’Entreprise et des Affaires, créée par Philippe Caner en 2002, a organisé le 6 avril 2011, en partenariat avec la SKEMA Business School de Sophia Antipolis, une conférence-débat, intitulée « les technologies vertes, Oasis ou Mirage ? ».

L’Institut Méditerranéen d’Etudes et du Développement Durable a représenté les entreprises de la Principauté pour cet événement, accompagné de la société monégasque Green IT Consulting, qui œuvre dans le domaine du Green IT à Monaco, ou pour le dire plus clairement, dans la réduction de la consommation énergétique liée aux systèmes d’informations des entreprises (informatique, serveurs, usages,…).

La discipline souvent méconnue des entreprises a été notamment abordée par Frédéric Bordage, fondateur du site Internet de référence en la matière GREEN IT.FR. Avant d’aborder la problématique du Green IT, Frédéric Bordage a rappelé le contexte du développement durable, et de la responsabilité sociétale.

“Pour se développer, les hommes utilisent des énergies carbonées et produisent des déchets, ceux-ci ayant doublé depuis la seconde guerre mondiale à l’échelle internationale, avec des conséquences, telles que l’augmentation des gaz à effets de serre provoquant des dérèglements climatiques, un écroulement accéléré de la biodiversité, et l’épuisement des ressources non renouvelables.
La problématique du carbone concerne essentiellement les pays développés et les nouveaux pays émergents (la Chine et l’Inde arrivant dans le top 5), c’est donc sur ces pays que doivent reposer les leviers d’actions. Les objectifs à atteindre sont, ambitieux, puisqu’il s’agit de réduire par 4 l’empreinte écologique d’ici 2050.

Les Technologies de l’Information et de la Communication (selon une étude réalisée par le Gartner Group, http://www.gartner.com), représente 2% des gaz à effets de serre de l’humanité (autant que l’aviation civile). Or, l’informatique est amené à se développer de manière exponentielle, avec des pays émergents tels que l’Inde et la Chine, qui s’équipent à grande vitesse dans ces domaines (en 5 ans, de 2005 à 2010, le milliard d’internautes a doublé). Cet équipement massif pose des problèmes, notamment en matière de déchets (24 kg/an/français). La question du traitement de ces déchets est problématique, puisqu’ils nécessitent la mise en place de filières de dépollutions. En effet, certains ordinateurs contiennent encore du mercure, et pour avoir un ordre d’idée de l’impact mercure, 1 gramme de mercure est capable de polluer un mètre cube de sol pendant 50 ans. Le mercure est cependant en baisse d’usage, depuis la restriction de l’utilisation de certaines substances dangereuses dans les équipements électriques et électroniques (Directive Européenne RoHS 2002/95/CE).
Cela signifie donc, qu’il est important, lorsque l’on est une entreprise, d’organiser sa filière de déchets d’équipements électriques et électroniques, afin qu’ils soient traités, que les décharges sauvages soient éradiquées, afin d’annihiler les risques de contamination des sols, des nappes phréatiques”.

Frédéric Bordage a aussi souligné un aspect important et méconnu des Technologies de l’Information et de la Communication, le sac à dos écologique. C’est un concept développé par M. Schmidt-Bleek de l’Institut Wuppertal en Allemagne, fondé sur l’indicateur MIPS (mesure de la quantité de Matières Indispensables Par unité de Service). Développé en 1994, il vise à connaître la « consommation d’environnement » totale d’un produit. Cet indicateur nommé « sac à dos écologique » permet de mesurer les progrès accomplis dans les pays industrialisés pour atteindre un développement plus soutenable.

Pour donner quelques exemples…

-Une voiture possède un sac à dos de 54 contre 1 (ce qui signifie que pour fabriquer une voiture d’une tonne, 54 tonnes de matériaux sont nécessités).
-Pour un ordinateur, le ratio sac à dos est de 100 contre 1, et pour une micro-puce de 16000 contre 1 !
Au regard de ces quelques ratios, il est aisé de comprendre l’enjeu énergétique et matières premières (extraites de la terre), autour du secteur des Technologies de l’Information et de la Communication, TIC). Le marché des TIC est aussi confronté à d’autres problématiques sociétales, notamment sociales.

Il s’agit donc, pour les entreprises de sourcer** leurs fournisseurs afin de vérifier sur place leurs filières, et voir comment travaillent les sous-traitants de leurs sous-traitants. Le sourcing est donc un moyen de réduire le risque fournisseur.
A titre d’exemple, IBM a développé un contrat éthique des fournisseurs, de manière à les inciter à répondre de manière éco-responsable.

Du point de vue économique, Frédéric Bordage a insisté sur le fait qu’aujourd’hui, le marché des TIC est tellement démocratisé, que le matériel ne vaut plus rien, et que si en coûts complets, le prix de l’usage des TIC augmente, ceci provient notamment de l’augmentation du prix des énergies, de la complexité des systèmes, et des coûts de supports et de maintenance. Donc, l’opportunité « matériel » n’est pas le point déterminant du levier économique, en revanche, supports et maintenance, peuvent être des pistes d’optimisation.

Afin de préciser les opportunités économiques, il s’agit de préciser que l’empreinte écologique des TIC est principalement concentrée au cours de la fabrication et au cours de la fin de vie (son traitement). Pour donner un ordre de grandeur de l’impact de la fabrication par rapport à l’impact de l’usage, Il faudrait utiliser 57 ans son ordinateur pour atteindre le niveau de carbonisation de la fabrication. Donc, l’opportunité de l’usage, n’est pas non plus le point déterminant du levier économique, bien qu’à grande échelle, cela puisse le devenir. En effet, selon une récente étude de Pike Research en 2011, les logiciels d’optimisation de l’efficience énergétique des postes de travail et des serveurs permettront d’économiser 47 millions de tonnes eq. CO2 d’ici 2015.

Où se trouvent alors les opportunités ?

L’enjeu est donc dans l’allongement de la durée de vie du matériel (le turnover actuel de 2-3 ans est à allonger), l’équivalent de l’amortissement comptable. En effet, la durée de vie d’un ordinateur a été divisée par 4 en 25 ans. La durée de vie des serveurs peut aussi être allongée par 2 ou par 4. En revanche, il faut déterminer le point optimal de changement de matériel, car au-delà d’un certain seuil, garder son matériel coûte plus cher en maintenance. Il s’agit aussi de repenser les scripts web, ainsi Facebook a développé un compilateur du langage PHP en C, et a ainsi divisé par 2 la consommation énergétique.

Quoi faire concrètement ?

Pour travailler sur leur Green IT, les entreprises doivent entreprendre des actions sur plusieurs postes :

-Intégrer le Green IT dans leur politique éco-responsable d’Achats.
-Faire des économies d’énergie avec leurs data centers.
-Faire des économies d’énergies avec les ordinateurs (pratique de l’extinction automatique des PC, choix de matériels Energy Star, configuration des écrans en économiseurs d’énergies ou encore mieux le “blank screen”, qui consiste à un écran noir,…).
-Pour les impressions (travailler en imprimantes partagées, configurer les impressions 2 pages sur 1 page et en recto verso par défaut, etc,… ). Il existe aussi de nouvelles technologies, notamment dévoppées par Xerox, consistant à une impression par encre solide.
-Mettre en place une filière de collecte des déchets d’équipements électriques et électroniques
-Travailler sur l’allongement la durée de vie des postes de travail
-Pour les constructeurs : améliorer les logiciels et pour les entreprises, avoir une bonne gouvernance de la continuité de l’usage des logiciels.
-Pratiquer des opérations de nettoyage sur les ordinateurs et serveurs : supprimer les logiciels plus utilisés, supprimer l’historique des mails,….

Pour Frédéric Bordage, et comme le confirme l’expert monégasque en la matière, Xavier Faurite, de Green IT Consulting Monaco, l’entrée des entreprises pour le Green IT réside dans trois points clés pour les dirigeants.

Le Green IT…
-nécessite une forte implication, une volonté réelle, et un fort sponsoring des directions générales auprès des salariés
-a le mérite de revaloriser la fonction informatique dans l’entreprise, en la plaçant comme un acteur incontournable du développement durable : ne plus considérer la DSI (direction des Système d’Information) comme un centre de coût mais comme un gain potentiel de productivité en intégrant, en amont, la DSI dans les projets stratégiques de l’entreprise et en prenant en compte l’impact environnemental des solutions possibles.
-permet de faire des économies, de l’ordre de 40% selon les cas.

Certaines organisations monégasques innovantes s’investissent déjà dans le Green IT, et les retours sont plutôt positifs, puisque simplement avec de petites actions Green IT, il a été possible d’économiser 50 euros par an et par poste de travail. A l’échelle d’un dimensionnement informatique, cela représente donc un enjeu financier important.

** Le sourcing
Le sourcing est une méthode de travail des directions achats permettant l’identification de nouveaux fournisseurs, dans une logique d’équité, en fonction de critères de segmentation présupposés.

** L’Institut Méditerranéen d’Etudes et du Développement Durable
L’Institut Méditerranéen d’Etudes et du Développement Durable accompagne les entreprises et les institutions, en les amenant à travailler dans des principes éthiques, et en suivant leurs filières fournisseurs, notamment, au travers de bilans d’actions sociétales.
http://www.imedd-group.com

** GREEN IT.fr …
GREEN IT.fr est le leader français de l’information sur le Green IT (logiciels, matériels, énergie, bonnes pratiques, …).
http://www.greenit.fr

** Green IT Consulting Monaco
Green IT Consulting Monaco est une société de conseils monégasque, implantée en 2009 à Monaco, qui accompagne les entreprises et les institutions vers la maîtrise énergétique de leurs systèmes d’informations, s’inscrivant dans une maîtrise économique, et une préservation environnementale.
http://www.greenit-monaco.com/

** Ethicum
Depuis 2002, EthiCum est une association française reconnue d’intérêt général dédiée à l’Ethique d’Entreprise et des Affaires basée principalement sur la Responsabilité Sociétale des Entreprises (RSE).
http://ethicum.org

** Skema Business School
SKEMA Business School fut l’une des toutes premières Grandes Ecoles de Management à créer un mastère spécialisé dans le domaine du développement durable.
http://www.skema-bs.fr

** Energy Star …
Energy Star est une certification des produits informatiques et dérivés attestant d’une démarche de maîtrise des consommations énergétiques des produits.
http://www.eu-energystar.org


Unique visitors to post: 41

Comments are closed.